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 Dom Juan

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Lys
La Tartine


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MessageSujet: Dom Juan   Sam 18 Aoû - 11:57

Dom Juan
de Molière par Julie Brochen


« Le monde est un échiquier où Dom Juan se refuse à être un simple pion »


C’est en ces mots que Julie Brochen, la directrice du Théâtre National de Strasbourg (TNS), s’exprime à propos de sa nouvelle mise en scène, Dom Juan, une œuvre du père de la comédie française, Molière. Un an après La Cerisaie de Tchékhov, Julie Brochen revient avec une création toute aussi impressionnante que son dernier spectacle, bien que la scénographie ne comporte ni murs verre, ni de sol mobile. Et pourtant, la directrice du TNS offre une fois de plus aux spectateurs un décor aux apparences sobres, mais qui les imprègne au point de les faire vivre sur l’échiquier. Et cela, en redécouvrant des comédiens non peu connus, mais aussi en découvrant de jeunes comédiens, élèves de l’Ecole du TNS.


Julie Brochen, metteur en scène et comédienne, après avoir fait le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, est devenue la directrice du Théâtre National de Strasbourg (TNS). Depuis 1994, elle a déjà mis en scène vingt-trois pièces. Aujourd’hui, elle complète son répertoire, en mettant en scène une œuvre qui a fait couler de l’encre au XVIIème siècle, comme beaucoup d’autres pièces de Molière.
Ce dramaturge et comédien, notamment à la Cour de Louis XIV a partir d’un certain moment, est considéré comme l’une des plus grandes figures de la comédie française, autant que pour ses personnages incontournables que pour les censures qu’ont subi ses écrits. Même après maintes remontrances, Molière ne s’arrêta pas pour autant. En écrivant Dom Juan en 1665, il s’attire des critiques peu plaisantes. La pièce heurte et scandalise : Molière joue avec la religion et l’apparence physique, en mettant en scène un libertin séduisant qui se moque bien du pouvoir divin. Son Dom Juan brise les lois sacrées du mariage, s’offre le cœur de toutes les femmes qu’il rencontre, défie la morale, s’oppose à l’autorité paternelle et use d’hypocrisie et de mensonges. Tous se liguent contre lui : une femme abandonnée, des frères déshonorés, la Conscience et même son père. Seul Sganarelle, sont valet, essaie de lui redonner la raison, en vain ; le jugement dernier se fait plus tôt et plus cruel que ce que pensait Dom Juan.

Le danger est partout et il est permanent ...

C’est à l’Espace Klaus Michael Grüber (nom d’un grand metteur en scène allemand) qu’est représenté Dom Juan de Molière. Et cela non sans raison. Cet ancien hangar de l’Ecole Militaire offre une grande salle rectangulaire, où le théâtre déjoue le côté industriel du lieu. La salle, rectangulaire, est aménagée pour qu’un jeu en bi-frontalité se fasse: deux gradins hauts de six rangées entourent sur la longueur une scène non surélevée, créant une sensation de cuve sans échappatoire, où tout peut être vu.
La salle offre quatre sorties différentes : deux se situent à la largeur du rectangle que forme la scène, et deux autres se trouvent au milieu des deux gradins. Ces deux dernières entrées ont de la terre en guise sol, ce qui n’est pas sans rappeler une allusion aux arènes. Elles sont peu utilisées, mais le spectateur ne s’attend pas moins à voir surgir deux véritables colosses.

Lorsque le spectateur entre dans la salle, il se trouve face à un échiquier faisant toute la longueur des gradins, et délimité par des rails situées à moins d’un mètre des premières places. De part et d’autre de la scène rectangulaire, se trouvent un piano à queue en bois ainsi que des demi-murs qui rappellent les écuries. Le décor au sol ne consiste pas un véritable échiquier : il est construit à base de terreau foncé (matière que l’on trouve généralement dans les boxes pour chevaux), et d’un sol blanc cassé. Ce positionnement ne dure pas, et laisse place à ce même sol blanc et gris, comme dans un temple romain, où apparaissent des cercles, tels que des rosaces, ce qui a pour effet de produire un contraste avec la salle rectangulaire et ce qui la compose. Julie Brochen a mis en scène un sol qui évolue, tout en restant à l’image de l’histoire de la pièce. Cette évolution prend forme grâce au mouvement collectif des acteurs, faisant de ce décor une partie intégrale du jeu.

La lumière forme également une évolution. Elle se divise en trois parties, qui s’apparentent à trois groupes d’actions dominants.
Le premier moment est où l’action avance sans contraintes sur la vie ou la mort. Là, la lumière est blanche, et vient généralement de deux côtés de la salle rectangulaire.
Puis, une lumière bleue foncée inonde la scène au moment où Dom Juan et Sganarelle sont dans le cimetière. Cette lumière projette sur l’un des murs des ombres de fenêtres arrondies, ce qui donne le sentiment que les deux comédiens ont pénétré dans un sanctuaire délabré. Cette lumière revient un peu près de la même manière, si ce n’est un peu plus clair, pour symboliser une église. C’est une lumière que l’on voit donc durant les moments de réflexion dans un lieu en lien avec la religion.
Enfin, survint une luminosité très sombre lorsque Dom Juan doit choisir entre mourir ou se repentir, ce qui correspond aux venues de la statue du Commandeur, soit aux moments qui frôlent puis touchent le Jugement dernier.


Dom Juan ou le refus de se lier…

Si le sol ne tourne pas en rond comme dans La Cerisaie, Julie Brochen n’a pas pour autant oublié de signer sa création de la même manière que pour ses autres mises en scènes : décor sobre mais complexe qui émerveille, et musique qui laisse sans voix. Julie Brochen a donné à son spectacle une harmonie à la fois juste et dissonante. Les sorties des personnages qui déterminent une réelle progression de la pièce, sont agrémentées du Requiem de Mozart, avec pour seul instrument un piano et la voix de tous les comédiens. Si le spectateur aime cette mélodie, il sait aussi qu’elle précède le « point de non-retour ». Et lorsque, durant la scène au cimetière, un cheval de fer rouillé et détérioré avance lentement sur les rails, et qu’il est chevauché par un cavalier sans tête, le spectateur sait que l’Enfer est aux trousses de Dom Juan.

La présence de ces chevaux métallique est constante, et s’apparente bien avec le décor qui évoque une écurie. Les deux chevaux se tiennent de part et d’autre de la scène sur les rails, ils semblent tout comprendre, leur présence signifie très clairement la dureté de l’être, et ils semblent vouloir dire « regardez-vous avec votre foi et votre moral, vous êtes empêtré dans la norme qui défend la liberté, comme un de nous dans son écurie ». Et pourtant, ils sont sur des rails, ils suivent un chemin tout tracé, et avance sous la demande de l’humain. Les chevaux de fer sont à l’image du conflit entre les personnages, entre Dom Juan et les Autres.

Un autre élément de la scénographie apparaît vers les deux tiers du spectacle : des cintres, en haut, descend une plate-forme en métal où sont posées vingt bougies, tous de tailles différentes. Cette plate-forme rectangulaire est fine mais longue. A plusieurs reprises, elle sépare les acteurs. Les bougies qui s’y trouvent s’apparentent à la musique ou au cavalier sans tête : c’est le « point de non-retour » qui se redessine, plus clairement cette fois-ci. Car ces bougies ne sont pas allumées par un simple personnage, mais par la statue du
Commandeur, par la Conscience, autrement dit, de Dom Juan, celle qui est envoyé par la mort. Lorsque ces bougies sont allumées, le spectateur sait que Dom Juan n’a plus que très peu de temps pour se repentir. Elles sont une sorte de sablier, sauf que c’est le feu, symbole de l’enfer, qui consume le temps.

Un éventail de génération…

Ce qu’il y a de plus frappant dans le choix des acteurs, c’est l’opposition entre André Pomarat dans le rôle de Don Louis et de Mexianu Medenou dans le rôle de Don Juan. Et ce n’est pas sans raison. En effet, André Pomarat fut élève à l’Ecole du TNS du Groupe 1, en 1945, alors que Mexianu Medenou fait parti du Groupe 39.
« Quarante ans d’Ecole au centre du processus même de recherche, au cœur du travail lui-même », précise Julie Brochen.
Dans ce Dom Juan, on retrouve trois comédiens de la troupe du TNS (qu’on a déjà vu en 2010 dans La Cerisaie de Tchékhov, dernière mise en scène de Julie Brochen), ainsi que cinq élèves du Groupe 39 de l’Ecole du TNS.

Sur le plateau se joue alors un mélange de générations, des âges qui évoluent ensemble et une énergie constructive. Les comédiens se fondent dans leur personnage, et les personnages se fondent dans le comédien. Tous les acteurs forment un corps uniforme, sauf Mexianu Medenou (Dom Juan), Ivan Hérisson (Sganarelle, qui ne se confronte pas directement à son maître) et Cécile Péricone (Statue du Commandeur/de la Mort).
Ce fait apparait clairement lorsque les comédiens balaient le sol pour enlever le terreau, en chantant. Si on y voir un mouvement collectif, on y voit aussi le lien entre chacun de ces acteurs, qui interprètent des personnages ayant le même but.
Lorsqu’André Pomarat entre en scène, le groupe s’éclipse, et même Mexianu Medenou est placé en arrière, comme pour laisser place à quarante ans d’expérience ou à la figure paternelle.

Julie Brochen joue beaucoup avec ces représentations, comme la Paternité qui submerge toute autre lutte dont Dom Juan n’a que faire. De même, la directrice du TNS a fait de la Statue du Commandeur et de la Mort un seul personnage, au physique d’une madone couronnée d’une aura d’or. Ce rôle est tenu par une femme, Cécile Péricone, donnant un aspect presque ironique à la pièce, car c’est une des passions de Dom Juan qui finira par le tuer.
Ce parti pris renforce l’idée que cette Conscience est une sorte de vengeance pour toutes les femmes que cet homme a déshonorées, et est la solution finale. Elle n’appartient pas au mouvement de groupe des comédiens : elle demeure seule, comme un Jugement Dernier. Dans leurs costumes du XIIème siècle, les acteurs forment donc un tout par leur âge et leur rôle ; ils se déplacent sur l’échiquier pour atteindre leur but commun, alors qu’autour d’eux tournent ceux qui se refuse à être de simples pions.

Fiche technique:
Mise en scène: Julie Brochen
Lumières: Olivier Oudiou
Scénographie: Julie Brochen et Marc Puttaert
Costumes: Thibault Welchlin
Maquillages, coiffures: Catherine Nicolas
Direction musicale et vocale: Françoise Rondeleux
Piano: Loïc Herr
Assistanat à la mise en scène: Elodie Vincent
Elèves du groupe 39: Amélie Enon (section Mise en scène) et Kévin Keiss (section Dramaturgie)

Avec:
-Muriel Inès Amat: Elvire
-Christophe Bouisse; Dom Alonse
-Fred Cacheux: Dom Carlos
-Jeanne Cohendy: Charlotte
-Hugues de la Salle: Monsieur Dimanche
-Julien Geffroy: La ramée;Gros Lucas;Francisque, pauvre
-Antoine Hamel: Pierrot
-Ivan Hérisson: Sganarelle
-Mexianu Medenou: Dom Juan
-Cécile Péricone: Gusman;Une suivante d'Elvire;La Statue du Commandeur
-André Pomarat: Dom Louis
-Hélène Schwaller: Mathurine
-Amélie Enon: Suivante d'Elvire
-Loïc Herr: Piano, La Violette

Création: Année 2011
Durée: Deux heures environ

Liens intéressants :
http://www.tns.fr/fr/saison2010-2011/dom-juan.html
http://videos.arte.tv/fr/videos/theatre_don_juan_vu_une_femme-3761402.html
http://www.franceculture.com/emission-la-chronique-de-sophie-joubert-dom-juan-de-moliere-par-julie-brochen-au-tns-2011-03-17.html

Critique réalisée par Lys, le 5 mai 2011
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Earl Grey
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MessageSujet: Re: Dom Juan   Jeu 4 Avr - 17:47

Dom Juan!!! Very Happy

Une des pièces de Molière que je préfère, il y a trois ans j'ai fait un exposé sur elle. Une analyse de la tragi-comédie (ou du moins c'est la définition que je lui donne) et de son évolution et réinvention par Mozart et son opéra. Je compare les deux, ce fut mon exposé le plus réussi en 5 ans de lycée.

Vive Dom Juan et vive ce génie de Molière!!!

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Lys
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MessageSujet: Re: Dom Juan   Ven 5 Avr - 14:46

Ah, toi aussi tu adore Dom Juan? Very Happy J'ai lu et relu la pièce et l'opéra de Mozart est tout simplement...sublime! Tu as vu le Don Giovanni de Joseph Losey (1979), qui est en fait l'opéra mais en film? C'est trop heures de pur bonheur! Je me souviens l'avoir vu dans un cine d'art et d'essai, et presque tout le monde est parti au bout de dix minutes, on était plus que 4 à la fin, dans la salle... --'
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Earl Grey
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MessageSujet: Re: Dom Juan   Ven 5 Avr - 17:38


Non, je n'ai pas vu le film que tu as cité, en revanche je vais m'informer. Pour ce qui est de l'exposé dont je parlais je peux l'envoyer par Facebook à Feannor ou Doudougnette si ça vous intéresse de le lire. Il est en format pdf.

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Lys
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MessageSujet: Re: Dom Juan   Sam 6 Avr - 12:42

Ah oui, je veux bien Smile
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MessageSujet: Re: Dom Juan   

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