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 Mary Stuart

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Lys
La Tartine


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Féminin

MessageSujet: Mary Stuart   Sam 18 Aoû - 11:49

Mary Stuart
De Schiller par S.Seide (2011)

I. L’œuvre littéraire ou le support

Mary Stuart est une pièce de théâtre écrite en 1800 par Friedrich von Schiller (1759-1805), un dramaturge, poète et historien contemporain de Goethe. Ses ouvres s’inscrivent dans le romantisme et, plus exactement, dans un mouvement d’influence au romantisme nommé Sturm und Drang. Certaines de ses œuvres s’inscrivent cependant dans une écriture classique. Pour Schiller, le théâtre est une sorte « d’éducation » pour le spectateur-citoyen, et il l’employa beaucoup sur des thèmes politiques, sociaux et religieux.
Souvent, l’écriture de Schiller se partage entre le théâtre classique (Racine par exemple) et le théâtre élisabéthain (Shakespeare par exemple), c’est-à-dire qu’il ajoute une certaine liberté dans une composition symétrique (=cinq actes avec un point culminant au troisième acte).
Dans sa tragédie Mary Stuart, Schiller recrée un modèle en cinq actes, qui tournent autour d’Elizabeth et de Mary. Pour écrire cette pièce, il s’inspira de faits réels, à savoir l’histoire de deux rivales, Elizabeth Ière et Mary Stuart, au XVIème siècle en Angleterre. Il inventa des personnages tels Mortimer, qui suivra Mary dans la mort, et des scènes, comme la rencontre entre les deux reines qui n’a en fait jamais eu lieu.

Les représentations faites en ce moment-même sont issues de la mise en scène de Stuart Seide et de la traduction d’Eberhard Spreng.

Cette tragédie se déroule historiquement au XIVème siècle en Angleterre. C’est l’histoire de deux reines, Mary Stuart et Elizabeth Ière, que la religion et le trône opposent et confrontent. C’est donc un combat entre deus femmes, soutenues ou trahies par des hommes, dont le fil directeur est le salut ou non de Mary Stuart.

II. La représentation

C’est au Théâtre du Nord, à Lille, en janvier 2009 que Stuart Seide, le metteur en scène, créa Mary Stuart, avec l’aide du traducteur Eberhard Spreng, un critique dramatique de la radio allemande.
Stuart Seide est né à New York en 1970. Il est le fondateur de l’Ecole Professionnelle Supérieur d’Art Dramatique au Nord-Pas-de-Calais. Il monta quarante-deux pièces, et est également traducteur.
En tant que metteur en scène de Mary Stuart, il est accompagné de Nora Granovsky comme assistante et de Phillipe Marioge comme scènographe. Les lumières et le son, qui tiennent une place importante, sont respectivement gérés par Jean-Pascal Pracht et Marc Bretonnière.
Seide et Spreng ont pris l’initiative de couper des scènes apparaissant dans l’œuvre de Schiller, et de mettre des scènes en simultanéité plutôt que des les faire suivre, comme elles apparaissent normalement. Ainsi, l’opposition entre deux partis est renforcée.

C’est dans la salle Bernard-Marie Koltès que la représentation a lieu. Ainsi, par cette architecture à l’italienne, on note la présence des espaces dits « orchestre » et « paradis », ainsi qu’une scène en hauteur, dotée d’un nez de scène. Cette architecture renforce le quatrième mur, d’autant plus que le public est exclu de la scénographie, bien qu’à la fin, un comédien se rende dans l’orchestre. On a donc un rapport frontal entre le public et l’espace scénique.

Dans cette mise en scène, presque toute la scène est utilisée : il n’y a que le nez de scène qui reste inoccupé. Côtés cours et jardin, se trouvent des planchent en bois noir surélevées. Entre elles, il y a ces mêmes planches, mais plus basses. Cela recouvre tout le centre de la scène durant la première partie. Vers le milieu du spectacle, les planches les plus basses disparaissent presque entièrement, laissant paraître un espace recouvert de terre.



Derrière ces planches se trouvent de grands pans en bois, construits de planches en bois noires horizontales côtés cours et jardin, et verticales au centre. Elles peuvent faire toute la hauteur de la scène. Il y a également un jeu mécanique qui les fait bouger de gauche à droite ou de bas en haut.
Enfin, lorsque les pans sont mis de côté, un écran, recouvrant les deux tiers du mur au lointain, apparaît. Il projette un semblable de ciel nuageux, qui s’obscurcit au fil de la pièce.
Ces pans en bois mettent en évidence trois scènes : l’une fermée (le palais ou la prison), une autre ouverte (liberté) et une dernière entre les deux autres (le chaos).
L’obscurcissement est renforcé par l’éclairage. La lumière, venant sans doute de projecteurs accrochés aux cintres, fixe l’endroit où le jeu se déroule, mais rarement toute la scène. Cette lumière est souvent neutre, mais s’obscurcit à certains moments, comme lorsque l’arrêt de mort de Mary Stuart est signé. Vers ce même moment, il y a des rayons lumineux qui traversent les pans verticaux, donnant ainsi un aspect à la fois lugubre et religieux à la scène.
C’est donc une lumière qui évolue en fonction des événements et non en fonction du temps. En effet, il n’y a pas vraiment de notions de temps, et la durée réelle de la représentation n’a pas de lien avec la durée de la fable, qui doit se dérouler en quelques jours seulement. Mais la scénographie ne permet pas de le faire comprendre. Le rythme de la pièce se divise en trois parties : la première est plutôt régulière et assez calme. Dans une deuxième partie, le rythme s’accélère, et chute d’un coup dans une troisième partie. Ce rythme est menée pas les dialogues et la musique. Il n’y a pas de retour en arrière, mais une fragmentation au début et à la fin de la pièce, ce qui correspond au choix de Stuart Seide de mettre deux scènes en simultanéité.

Les objets scéniques eux-mêmes d’ailleurs, ne représentent pas de retour en arrière, mais une évolution.
En effet, les objets font pleinement partis de la mise en scène, et ne pourraient être absents. Ils détiennent une place très visible et centrale, notamment les chaises. Elles changent constamment de place ou de sens, reflétant ainsi l’’évolution de la pièce. Si l’on regarde le Schéma 1, on remarque qu’elles sont alignées, sans désordre. Le Schéma 2 les représente en cercle, comme pour évoquer un échange de paroles. Mais au Schéma 3, chaque chaise a une position différente donnant ainsi un sentiment de désordre, jusqu’au Schéma 4 qui évoque une destruction menée progressivement. Les chaises sont donc une représentation scénique de la progression et de l’état de la pièce et de son texte.
On notera également la présence d’un jeu d’échec pendant un certain temps sur scène. Il est composé de trois pions blancs et de trois pions noirs. Il représente peut-être un combat d’égal en égal, mais avec différentes armes, puisque les pions sont différents selon leur couleur.
Ensuite, on peut voir un symbole de pouvoir : un pupitre, en fin de pièce, posé dans le lointain. Généralement, c’est un chef d’orchestre qui y dépose ses partitions afin de diriger un orchestre. Ici, on y dépose une plaque rouge, en plastique rigide et lisse, qui est en fait l’arrêt de mort de Mary Stuart. Ainsi, cette plaque est mise en valeur et devient un centre d’attention, sachant que, tout comme une partition guide un orchestre, elle guidera le destin de Mary Stuart.
Il y a également d’autres objets comme une couronne ornée de fleurs de lys, symbole de la royauté française, qui avait autrefois appartenu à Mary Stuart. On voit également des médaillons représentant l’Angleterre et donc Elizabeth Ière, une arme à feu plutôt moderne avec laquelle Mortimer se suicidera, des lettres de correspondance qui sont le fruit de quelques complots et trahisons.

Tous ce dispositif scénique est accompagné de sons et de musique. Les sons sont lourds et la musique lugubre, allant de pair avec le dispositif et surtout le jeu, ou les moments décisifs de la pièce, comme lorsque Mary Stuart marche vers la mort.



Les acteurs en eux-mêmes et leur costume se différencient bien les uns aux autres.
Mary Stuart est jouée pas Marie Vialle. Cette comédienne plutôt jeune est grande et a de longs cheveux bruns. Sa voix sait atteindre le public. Elle a des gestes lents qui traduisent une certaine noblesse, sauf au moment où a lieu la rencontre entre les deux reines. Elle porte une robe, des collants et des chaussures noirs, un pull bleu, un veste beige pour symboliser qu’elle sort ou bien une sorte de peignoir blanc à motifs verts lorsqu’elle rencontre des personnes importantes. Marie Vialle est accompagnée de Caroline Mounier dans le rôle de la nourrice de Mary Stuart, Anna Kennedy. Elle porte une simple robe grise et brune. La rivale de Mary Stuart, Elizabeth Ière est interprétée par Cécile Garcia Fogel. Elle parait grande et imposante et son jeu noble et lent fait ressortir une certaine indécision. Au début et à la fin de la pièce, elle porte un long manteau rouge. En dehors de cela, elle porte un tailleur rouge, ou bien un pantalon et une veste grise lors de la scène de la rencontre. Ce vêtement, généralement vu comme masculin, pourrait représenter la femme dans un statut qui se voulait autrefois masculin. Cécile Garcia Fogel est dotée d’une voix profonde et grave, mais qui pourtant, s’entend parfaitement dans toute la salle.
Bernard Ferreira joue le rôle d’un valet proche d’Elizabeth. Il a comme particularité de boiter à la jambe gauche.
Sébastien Amblard, dans le rôle de Mortimer, semble être un jeune comédien. Il a des déplacements rapides et nets, tout comme sa manière de parler, ce qui donne de l’affirmation dans ses propos.
Pierre Barrat est un acteur âgé qui joue le rôle de Shrewsberry, un conseiller, semble-t-il, royal. Il porte un costume noir et brun, et a un jeu persuasif et fort.
Dans le rôle de Lord Burleigh apparait Julien Roy. Ce comédien semble assez charismatique, comme le veut son rôle. Il a des cheveux gris et une moustache, et porte un costume noir. Il ressemble au prototype du riche Anglais vers la fin du XIXème et début du XXème siècle. Il fait peu de gestes, mais ces derniers sont précis. Son jeu est retenu, donnant ainsi de la gravité à son personnage.
Stanislas Stanic détient deux rôles. D’abord celui du Comte de l’Aubespine, un ambassadeur français. Il est le seul à être vêtu de vêtement d’époque (à savoir du XVIII-XIXème siècle). Il est le seul à avoir un maquillage apparent ; de la poudre blanche sur le visage. Il a des cheveux gris hérissés. Ainsi, il se différencie clairement des autres comédiens. Son deuxième rôle, Melville, est plus sobre. Dans son premier rôle, Stanislas Stanic apparaît comme un comédien qui a des gestes nobles. Dans son second rôle, il a un jeu plus chaleureux. C’est dans ce rôle que le comédien descend dans l’orchestre, et, tout en prononçant sont texte, fait le tour de cet espace.
Enfin, Vincent Winterhalter, dans le rôle de Leicester. Il a un jeu varié qui s’adapte à la situation de son personnage. Ainsi, il a une voix qui ne semble pas toujours sûre d’elle, soit à l’image du personnage qui doit avoir deux jeux : l’un pour Elizabeth, l’autre pour Mary Stuart.

Il y a en tout dix comédiens. Leurs costumes reflètent trois époques. Certains manteaux correspondent à l’époque de la fable (XVIème siècle); le costume de Stanislas Stanic correspond à l’époque de l’écriture de la pièce (XVIIIème-XIXème siècles) ; les costumes des autres comédiens correspondent à l’époque de la représentation (ici, plutôt le XXème siècle).
Ces comédiens ont un jeu qui ne cherche pas à exagérer le statut d’une personne, ce qui appui le côté tragique de la pièce. On y voit cependant les rapports entre rang social et personnages, ce qui influence le jeu de chaque acteur.
Il y a sans cesse un rapport acteur/groupe, c’est-à-dire que l’acteur prend vie grâce à l’autre. Le rapport personne/personnage reste en lui-même très individuel, mais il se construit en faite grâce au rapport acteur/groupe. En outre, cette pièce très réaliste favorise le rapport texte/corps.


III. Commentaire personnel

D’après mon opinion, cette pièce est dotée d’un aspect très réel, créé non seulement pas un texte qui donne à réfléchir, mais aussi pas un jeu d’acteur qui attire particulièrement l’intérêt du spectateur. Je trouve que Pierre Barrat à un jeu émouvant, qui fait ressortir toute l’humanité qui habite le personnage qu’est Shrewsbury, surtout grâce à sa voix. Cécile Garcia Fogel reflète tout à fait l’image que l’on pourrait avoir d’Elizabeth Ière. J’ai trouvé sa voix assez impressionnante et son ton juste, ce qui allait de paire avec son rôle. Ensuite, la mise en scène et la machinerie sont choisis judicieusement. En effet, les pans en bois, en plus d’avoir une représentation directe comme par exemple, une prison, m’ont donnée une représentation des limites de la conscience humaine qui, bien souvent, se limite à l’intérêt personnel. J’y ai aussi vu une personnification de la scénographie, tant les chaises semblaient avoir une importance très marquée. Et pourtant, ces objets mettaient presque mal à l’aise à cause de leur sobriété et leur obscurité. Les objets que Marie Vialle sort des caisses à la fin de la pièce donnent un sentiment à la fois de nostalgie et de réconfort, tant ils semblaient personnels.
Au-delà les comédiens et la mise en scène, Mary Stuart est une très belle œuvre. Je la perçois comme une ouverture à l’égalité des sexes (grâce à la mise en scène et le parti-pris), mais aussi au sens de l’humanité et à l’égalité des classes (Davison, parmi les « puissants » est condamné par son statut). Ce sont des problèmes encore actuels –d’où des costumes assez modernes, peut-être, mais si tel est le cas, y a-t-il une idée particulière derrière cela, en habillant les « Anglais » de manière récente, et le « Français » en un homme du XVIIIème siècle, créant ainsi un anachronisme ?
Schiller a écrit une pièce qui pose des problèmes sociaux, et Stuart Seide a su l’enrichir par sa mise en scène, avec l’aide de Philippe Marioge et de ces dix comédiens.


http://www.youtube.com/watch?v=C-upoF1p_xM


Critique réalisée par Lys le 17 février 2011

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